Pierre et Gilles – Le temps imaginaire

Hier, après plusieurs années d’attente, j’ai enfin pu voir une exposition consacrée au duo d’artistes  Pierre et Gilles ! J’en rêvais royalement ! Je les ai découverts à l’époque du lycée et depuis, ils ne m’ont jamais quitté. J’avais déjà vu certaines de leurs œuvres dans des expositions à thème notamment l’exposition « Masculin / Masculin » au musée d’Orsay  en 2013 me semble-t-il… Mais mon rêve ultime était de voir ces toiles acidulées et kitschs à souhait dans un endroit qui leur serait entièrement dédié ! Il y a quelques mois, une exposition était organisée au Havre pour fêter leur 40 ans de collaboration… Mais j’attendais toujours celle qui serait organisée sur Paris !  C’est maintenant chose faite puisque jusqu’au 10 mars, vous pourrez aller admirer l’oeuvre de ces génies à la Galerie Templon au 30 rue Beaubourg, juste derrière le musée Georges Pompidou ! ❤

img_0075Pierre et Gilles, c’est une grande histoire d’amour ! Pierre est photographe et Gilles est peintre. Il se rencontre à Paris en 1976 et ne se quitte plus jamais. C’est un couple indissociable qui se complète parfaitement. Ils décident alors de s’unir aussi professionnellement et se mettent à créer ensemble. Leurs œuvres sont des photographies subtilement retouchées à la peinture. Leur mise en scène est vraiment très travaillée. Ce sont eux qui préparent tout le décor dans lequel leur modèle posera. Ils se considèrent d’ailleurs comme de véritables artisans.

« Immédiatement reconnaissables, mais constamment insaisissables » – Michel Poivert

Les artistes sont connus pour leurs légendaires portraits. Leur style est reconnaissable entre mille ! Les couleurs sont très saturées et pourtant une douceur se dégage de leurs toiles même quand elles paraissent plus « dark » qu’habituellement. Pour autant, ce ne sont pas des œuvres qui font mal aux yeux, elles intriguent. On n’a clairement pas l’habitude de voir ce genre de tableaux ! Ils ont de nombreuses influences comme évidemment le Pop Art. Ils s’inspirent aussi énormément du monde Bollywood notamment dans la surcharge de leur décor souvent très fleuri. Ils adorent revisiter les grands mythes de la mythologie grecque comme par exemple celui d’Hermès, La Mort d’Adonis ou encore Achille. Comme quoi, éternellement, la mythologie sera source d’inspiration. ❤ Evidemment, la religion et le sexe sont très souvent abordés aussi. Leurs œuvres sont  même parfois qualifiées de « pornographiques » mais honnêtement, il n’y a jamais rien de choquant ! Au contraire, leur art est une ôde aux corps. 😉

Les modèles sont vraiment très nombreux. Beaucoup de stars ont défilé devant leur objectif. Dita Von Teese doit avoir à peu prêt quatre portraits à son actif dont un avec son ex mari Marilyn Manson. Plus récemment, Stromae aussi a posé pour eux. Des stylistes, réelles icônes de la mode, comme Jean Paul Gauthier et Olivier Rousteing (Balmain) se sont aussi prêtés au jeu ainsi que de célèbres actrices telles que Rossy de Palma et Isabelle Huppert.

Pierre et Gilles ne travaillent qu’avec des gens qui leur sont proches et qu’ils apprécient. Quand ce ne sont pas des célébrités qui posent pour eux, ils demandent à leurs amis, parfois des inconnus, de poser pour eux. Pour créer l’illusion au maximum, il leur ai même arrivé de photographier des sosies de stars comme pour ce Michael Jackson et ce jeune Gérard Depardieu.

Le duo d’artiste transforme littéralement leur modèle. Il n’est pas question de juste faire un portrait banal mais bien de créer un monde, un univers imaginaire et donc, de transformer le modèle et son identité. Ils deviennent des héros ou des anti-héros, des personnages bibliques, des martyres, des divinités, des personnages tout droit sortis de comte de fée et on adooooore ! Ils ont bien évidemment une préférence pour les modèles masculins et ça, ça nous fait du bien, on aime. 😉 Ces hommes deviennent des muses et prouvent que des corps masculins peuvent être tout aussi beaux et érotiques que des corps féminins. Ça change vraiment de ce que l’on a l’habitude de voir. C’est tellement rare aujourd’hui de voir des hommes posés aussi lascivement… Bon, si on oublie les dieux du stades hein c’est vraiment pas la même catégorie là ! Tellement plus poétique. ❤

L’exposition est intitulé « Le Temps Imaginaire ». Elle dépeint un monde utopique où même la mort et la tristesse se transforment en quelque chose de beau et poétique. C’est un monde empli de gaieté qui y est dépeint où la tolérance est le maître mot. Il y a aussi quelque chose de très patriotique. Le bleu-blanc-rouge est omniprésent, plein de petits symboles rappelant la France s’y trouvent… Le temps s’arrête, tout se fige et on entre complètement dans l’univers de Pierre et Gilles. Ces tableaux aux cadres fait-main sont ornés de perles, de fleurs ou de billes ce qui donne un petit côté enfantin et assez amusant. Leur cadre fait partie intégrante de l’oeuvre. Ils ramènent un plus à l’histoire racontée. De plus, je pense que la jeunesse est honorée et que consciemment ou inconsciemment, les artistes nous motivent à poursuivre notre voie, à faire ce que l’on aime et à être qui l’on est vraiment. La vie est une fête auquel il faut aller ! Les plaisirs de la vie y sont bien représentés : les jouets (l’enfance), la musique, l’amitié, l’amour, le rêve, les fêtes entre amis… C’est une vision très utopique de la vie qui nous est dépeint.

Je suis super heureuse d’être allée voir cette exposition que je compte bien revoir avec d’autres amis. J’aime bien retourner voir des expos avec des personnes différentes à chaque fois pour voir leur réaction, je trouve ça super intéressant de voir la manière dont peuvent réagir les personnes. 🙂 Je vous conseille donc vivement d’y aller car il y a vraiment matière à voir ! Le style des toiles est vraiment dingue ! Les décors sont vraiment très amusants lorsque l’on prend bien le temps de les regarder et de les analyser comme par exemple ce bel homme étendu dans une fausse savane où tout est en peluche ! J’adore, il y a vraiment beaucoup d’humour ! J’aime tellement cet univers coloré !

Par contre, petit conseil d’amie. Ne vous faite pas avoir comme moi… La galerie Templon est divisée en deux. C’est à dire qu’il y a vraiment deux salles distinctes : une sur le trottoir de gauche et une autre bien cachée dans une ruelle sur le trottoir de droite ! Moi, quand je me suis rendue compte que j’avais zappé une salle où se trouvaient la majorité des œuvres… J’étais déjà dans mon RER sur le chemin du retour ! Mais passionnée que je suis, j’ai de suite rebroussé chemin ! Et j’ai bien fais ! Puisque c’était le vernissage et Pierre et Gilles étaient présents en chair et en os !!!!!! OUI OUI ! Mais je n’ai pas osé aller leur parler, c’est ma grande défaite du jour ! Je regrette tellement mais je n’avais pas envie de les importuner et puis ils étaient très entourés ! En tout cas, j’ai bien fais d’y retourner, mon œil les a localisé à peine arrivée sur les lieux ! J’espère qu’il y aura un vernissage de fin pour prendre mon courage à deux mains et aller leur adresser deux trois mots (oui je suis une groupie !).

Bref, courrez y et en plus… C’est GRATUIT ! ❤

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Exposition « Olga Picasso » au Musée Picasso Paris

Afin de fêter le centenaire de la rencontre du couple Picasso, le musée Picasso Paris organise actuellement une exposition. Celle-ci retrace toute la période « Olga Picasso » du peintre. Née dans l’empire russe en 1891, Olga Khokhlova est une jolie danseuse de ballet. Elle devient la femme de Pablo Picasso en 1918 et marquera à jamais l’oeuvre de son mari. Modèle privilégié, véritable muse, femme tourmentée… L’exposition dépeint un nouveau portrait d’Olga Picasso.

La visite commence avec des portraits d’Olga qui témoignent de son état d’esprit lorsque son mari la rencontre. Nous faisons face à une femme mélancolique, triste, enfermée dans ses pensées. Elle est souvent représentée la tête baissée et elle n’esquisse aucun sourire. Elle semble toujours perdue dans un livre ou en train d’écrire. Cela s’explique par le contexte historique puisque quand Olga Khlokhlova quitte son pays, celui-ci est en pleine révolution et une guerre civile fait rage. Elle perd tout contact avec sa famille et lorsque celui-ci reprend, sa mère lui annonce que son père et ses frères (colonel et officiers) rejoignent les forces anti-révolutionnaires. Pablo Picasso capte cette inquiétude omniprésente chez sa femme qui se sent impuissante face au drame qui se déroule dans son foyer. Son regard est inexpressif, lointain… Le peintre s’inspire de la détresse de sa femme et l’immortalise à jamais.

Il existe aussi très certainement une culpabilité de la part d’Olga puisque lorsque la guerre civile fait rage dans l’empire Russe et qu’elle affecte de manière considérable sa famille, de l’autre côté à Paris, l’oeuvre de son mari connait une forte reconnaissance. Le couple connait alors une ascension sociale qui leur fait rencontrer le plus beau monde de la capitale française et qui leur fait accéder aux plus belles soirées mondaines de l’époque. Mais dans un coin de sa tête, Olga pense toujours à son père porté disparu et aux membres de sa famille coincés dans son pays natale qui subissent une grave crise économique et alimentaire.

Malgré tous ces malheurs, Olga reprend un peu goût à la vie grâce à la naissance de son fils Paul en 1921. Il devient l’objet de toute son intention. Cela crée un nouveau sujet de prédilection pour Pablo Picasso : la maternité. Sur ses toiles, il met en scène Olga avec son fils, une douceur se dégage des toiles certainement grâce à l’omniprésence des courbes. La naissance de Paul a amené avec lui un retour au calme et à la sérénité. Picasso est très fier de son fils. Il adore le peindre lorsque celui-ci dessine paisiblement, cela faisant certainement écho à sa propre enfance. Les époux sont plus soudés que jamais. Ils envoient très régulièrement de l’argent à la famille d’Olga pour les soutenir et continuent à correspondre avec elle par courrier pour garder le lien.

Le couple se dégrade considérablement lors de leur voyage à Monte Carlo. Picasso enchaîne les portraits de danseur, ce qui ne fait que de rappeler à Olga son rêve inachevé. En effet, suite à une blessure, elle a du arrêter sa carrière de danseuse. En plus de cela, Picasso entretient une liaison avec une jeune femme de seulement 17 ans, ce qui rend Olga encore plus amère qu’ordinaire. Marie-Thérèse Walter devient même la muse de Picasso puisqu’elle l’inspire pour toute une série de « Baigneuses ». Elle semple beaucoup plus fraîche, plus amusante et plus sensuelle qu’Olga aux yeux de l’artiste. Les époux se séparent en 1935 mais restent mariés jusqu’à la mort d’Olga en 1955.

Olga Picasso hantera jusqu’au bout l’oeuvre de son mari. Son visage se transforme, il est déformé, plus menaçant, agressif et reflète la manière dont le couple s’est détruit. Son ombre est toujours là, coincée dans son atelier. De plus, le peintre utilise des thèmes violents comme la corrida pour évoquer sa vie personnelle. Il utilise ces thèmes comme des métaphores faisant référence à la relation conflictuelle qu’il entretenait avec sa femme.

Cette exposition retrace donc la vie de ce couple et plus particulièrement les pensées si tourmentées d’Olga Picasso. Elle s’est retrouvée coincée entre deux univers si différents au point d’y ressentir une forte culpabilité et une impuissance évidente. D’un côté sa vie de bohème auprès de son célèbre mari et de l’autre l’image de sa famille tourmentée dans un pays en pleine guerre civile. Seul son fils Paul réussi à la ramener quelque temps à la vie. Elle est sans doute la personne qui aura le plus marquer l’oeuvre de Pablo Picasso puisque jamais il ne l’oubliera…

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« Nous soussignés Olga Khokhlova et Pablo Picasso de vivre jusqu’à la mort en paix et amour. Celui qui cassera ce contrat sera condamné à mort. »

Serment d’amour d’Olga et Pablo Picasso, le 4 mars 1918.